La Shoulammite

3 mars 2016

PORTRAIT

Publié par lashoulammite dans LACAN AND CO

lot (1)

Elle avait quitté Saraï et ses disciples sans regret, vide de sentiments, non pas qu’elle eût du mal à s’entendre avec elles, mais, au contraire, parce qu’elle se pliait instantanément à toute nouvelle situation, n’étant attachée à rien ni à personne, habitée par une bonne volonté à toute épreuve, qui lui épargnait la douleur des séparations. En réalité, elle n’éprouvait rien, ni peine ni joie, elle était simplement une personne de bonne composition, et l’idée ne lui était jamais venue de « faire des histoires » à qui que ce soit. Sa mère, autrefois se félicitait, et la félicitait, de la facilité de son caractère. De pâturage en pâturage, on était arrivé aux abords de Sodome. Les jours continuèrent à s’écouler dans une sorte de pénombre reposante.

(…)Les filles avaient grandi, entourées par les servantes qui les protégeaient et qui les aimaient. Elles étaient à présent de superbes jeunes filles, dans l’éclat flamboyant de la jeunesse et dans l’attente de celui qui allait faire d’elles des femmes. Elle les observait avec une curiosité un peu perplexe, les sentant si différentes d’elle, ne reconnaissant en elles rien de ce qui lui était familier. Elle soupçonnait qu’elles avaient accès à un monde inconnu d’elle et elle en éprouvait un curieux pincement au cœur.

(…)Elle marchait comme une automate, ses pas se faisaient saccadés, mécaniques. Elle s’arrêta au bout d’un moment, résistant à la pression des mains qui la tiraient en avant. Il lui semblait qu’elle devenait de plus en plus minérale, que sa peau même perdait de sa souplesse, que son visage prenait la consistance d’un masque de cire…ou de sel, peut-être ? Le sel qu’elle avait refusé à Lot…Le sel des larmes. Elle n’avait jamais pleuré, pensa-t-elle. Elle n’avait jamais, non plus, parlé. Pas même tout à l’heure, quand Lot avait trahi ses filles, les livrant à la violence de brutes dévoyées…Les mots qu’elle n’avait pas prononcés, les larmes qu’elle n’avait pas versées, le sel de la vie qu’elle n’avait pas goûté…Elle sentit, avec la même attention froide, le même détachement, comme un craquement au fond de son être. Au prix d’un très grand effort, lentement, elle se retourna.

 JANINE ELKOUBY « Chroniques bibliques au féminin »

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